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Rufus Wainwright DE LA POP à L'OPéRA
le 03/03/2008 par stephie
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Le chanteur canadien, Rufus Wainwright , est un artiste inclassable. Rockeur, dandy pop ou encore roi du music hall, il aime endosser différents costumes. Sa dernière extravagance ? La parution d’un album et d’un DVD live en hommage à la mythique Judy Garland, Rufus Does Judy. Sa prochaine fantaisie ? La création d’un opéra en français qui se déroule à Paris. Flamboyant et charmeur, Rufus Wainwright s’est livré en toute sincérité aux questions d’Adrenalyn. Rencontre avec le songwriter quelques heures avant son entrée sur la scène du théâtre Sébastopol de Lille.
Merci à Carine Hervé.
Ce soir, tu joues dans un théâtre avec de belles tentures rouges. Est-ce que c’est le genre de lieu de concert que tu préfères ?
Rufus Wainwright : Je n’ai pas trop d’avis sur ce qui est le mieux : un théâtre ou un stade. Je pense vraiment qu’à partir du moment où je m’assois ou lorsque je commence à jouer de la guitare ou du piano, ce sera fantastique. Peu importe l’endroit. Quand je communique à travers mes chansons, je suis dans un autre monde.
C’est toi qui crées ce monde à travers ton spectacle ?
Rufus Wainwright : Oui. C’est super de jouer dans des endroits différents comme le Carnegie Hall pour le concert hommage à Judy Garland ou le Hollywood Bowl etc. Mais parfois, je sais qu’il y a des gens qui préfèrent me voir jouer dans un piano bar ou dans un petit club. À l’inverse, d’autres adorent les stades. Les gens ont des désirs différents. Ce qui est finalement important, c’est l’acoustique. Par exemple, pour ce show, je chante un peu sans micro. Je ne peux le faire que dans certains endroits. Une bonne acoustique, c’est vraiment génial. Mais pour finir, je pense que le travail d’un artiste est de pouvoir chanter dans n’importe quel endroit. C’est de transformer une citrouille en un carrosse ! Comme dans Cendrillon. Tu peux changer n’importe quel endroit en un palais.
Mais pour toi, qui aimes bien te déguiser sur scène, ne penses-tu pas qu’un théâtre est plus adapté à ton show ?
Rufus Wainwright : Non, je suis plus habitué aux bars gays où tout le monde se déguise. (Rires) Un théâtre, c’est vraiment sympa, mais je suis plus influencé par l’atmosphère d’un Music Hall, comme pour le Muppet Show ou d’autres choses. Il y a tellement d’éléments dans un show : des signes astrologiques, le bien être de ma voix, l’attitude des spectateurs etc. On ne peut jamais prévoir ce qui va se passer jusqu’à la fin du concert.
Tu viens de parler du live hommage à Judy Garland. Comment est venu cette idée ?
Rufus Wainwright : Je n’avais pas prévu de faire un album ou même de faire des concerts autour de Judy Garland. J’ai juste eu cette idée amusante, un jour en voiture avec des amis en écoutant l’album original. J’ai dit : « Ce serait intéressant de refaire le concert ». Et puis finalement, tout s’est enchaîné. (Rires) C’est une petite étincelle qui a mis le feu à la forêt ! C’est juste une idée marrante, qui s’est concrétisé.
Est-ce que tu as eu du mal à aller au bout de cette idée ?
Rufus Wainwright : Ce n’était pas si difficile. S’ils n’y avaient pas eu autant de gens à soutenir ce projet, je ne pense pas qu’il aurait abouti. Beaucoup de personnes ont été vraiment positives. D’autres étaient plus critiques. Ils disaient : « Mais cela va être un désastre ! ». Mais même en pensant cela, ils voulaient le voir de leurs propres yeux. Ils voulaient en être le témoin. (Rires)
Quand tu es sur scène et que tu interprètes les chansons de Judy Garland. As-tu l’impression de rentrer dans le personnage, de devenir Judy Garland ?
Rufus Wainwright : Je lui emprunte un peu quelque chose. Je n’essaye pas vraiment de l’imiter, mais j’emprunte un peu de son esprit et de son attitude : une espèce d’animal touchant et fort à la fois. Une bête très sensible. (Rires)
Tu aimes tout particulièrement les artistes écorchés. Par exemple, Édith Piaf.
Rufus Wainwright : Oui, Judy Garland est l’Édith Piaf américaine. Il y a beaucoup de similitudes entre elles. Elles sont comparables sur de nombreux aspects.
Ce côté fort et en même temps fragile ?
Rufus Wainwright : Oui et aussi le fait qu’elles n’étaient pas spécialement belles mais qu’elles étaient d’une certaine manière très attirantes. Elles ont eu toutes les deux de gros problèmes avec les drogues et l’alcool. Elles ont été abusées par le système. On les a forcé à chanter jusqu’à la mort. Et puis aussi l’amour ! Elles ont eu des histoires très dramatiques. (Rires)
Est-ce que tu as vu le film français sur Édith Piaf, La Môme ?
Rufus Wainwright : Oui, c’était super. J’ai adoré. C’est très mélodramatique comme un soap opera. L’actrice, Marion Cotillard, est vraiment extraordinaire.
Est-ce que tu penses que le public français t’apprécie parce que tu aimes cette forme de nostalgie ?
Rufus Wainwright : Je crois. Mais je pense honnêtement que j’ai encore beaucoup de travail à faire avec le public français. Sur la dernière tournée européenne, j’ai eu plus de succès en Allemagne, en Angleterre ou en Espagne. La France est un peu derrière. Il y a une partie de la population qui m’adore vraiment beaucoup et l’autre qui ne me connaît pas. Mais la France est très intéressante musicalement.
Tu veux dire que tu as moins de succès en France ?
Rufus Wainwright : Oui, elle est un peu derrière. J’ai beaucoup travaillé ici. J’ai répondu à beaucoup de médias. J’ai chanté en français. J’ai collaboré avec Jane Birkin par exemple. Pour être honnête avec toi, je pense que les Français peuvent être un peu paresseux. Mais une fois, qu’ils t’ont adopté, c’est pour toujours. Cela prend du temps avec la France mais quand cela arrive, c’est vraiment là. J’arrive à cette étape. Ça va aller.





